Chaque matin, bien avant que la plupart des Californiens ouvrent les yeux, des milliers de jardiniers sont déjà à pied d’œuvre. Ils taillent, désherbent, soufflent les feuilles mortes, entretiennent ces espaces verts qui font la beauté des quartiers. Le 21 septembre 2026, la Californie a officiellement reconnu leur travail grâce à la Résolution du Sénat 132, portée par la sénatrice Maria Elena Durazo. Ce premier Jour d’Appréciation des Travailleurs de Jardinage marque une étape symbolique forte. Mais la coïncidence du calendrier a rendu l’événement amer pour beaucoup : la veille même de cette commémoration, le gouverneur Gavin Newsom a opposé son veto à un projet de loi qui aurait directement soutenu ces professionnels au quotidien.
À Pasadena, ville pionnière qui a rejoint cet élan en proclamant la même date à l’échelle locale, une célébration a réuni travailleurs, défenseurs des droits et membres de la communauté au Pasadena Community Job Center. Gabriel Herrera, jardinier depuis 10 ans dans l’est de Los Angeles, résume sobrement la situation : « Avec sa signature, le gouverneur aurait pu nous aider. Nos machines sont vieilles, bruyantes et polluantes. » Pedro Fidel, qui travaille à une vingtaine de kilomètres de là, ignorait même le veto. Sa réaction dit tout : « Être reconnu, c’est bien. Mais nous avons aussi des besoins économiques concrets. »
Un veto qui coupe court aux espoirs de la profession
Le projet de loi AB 2635, déposé par l’assemblée-membre Celeste Rodriguez (démocrate, San Fernando Valley), proposait un mécanisme simple mais décisif : obliger les districts locaux de qualité de l’air à créer, avant le 1er janvier 2028, un programme de bons d’achat pour équipements à zéro émission. Tondeuses électriques, souffleurs de feuilles sans carburant… autant d’outils qui peuvent représenter un investissement lourd pour un jardinier indépendant travaillant avec des marges très serrées.
La transition est pourtant déjà en cours : plus de 60 villes californiennes ont adopté des restrictions sur les équipements à essence. La vente de nouveaux engins thermiques est interdite dans l’État. Les professionnels peuvent encore utiliser leurs machines existantes, mais l’usure est inévitable. Après des années d’utilisation intensive, il faut bien remplacer. Voilà l’angle mort de cette politique environnementale.
| Équipement | Version thermique | Version électrique professionnelle |
|---|---|---|
| Tondeuse | 300-600 € | 800-2 000 € |
| Souffleur de feuilles | 150-400 € | 400-900 € |
Gavin Newsom justifie son veto en arguant que l’AB 2635 « fait doublon avec des programmes existants », notamment les 30 millions de dollars déjà investis sous son administration pour soutenir l’achat de près de 30 000 équipements propres. Mais pour José Madera, directeur du Centre Communautaire d’Emploi de Pasadena, cette logique ignore la réalité du terrain : les travailleurs immigrants affrontent des amendes et une criminalisation croissante, sans filet de sécurité réel.
Donner aux jardiniers les moyens de leur transition écologique
Je le vois depuis des années : changer d’outillage n’est jamais anodin. Passer à l’électrique demande une adaptation technique, un investissement initial et fréquemment une formation. Pour des professionnels qui enchaînent les chantiers six jours sur sept, c’est un saut considérable. Luz Castro, de l’organisation Inclusive Action for the City, le formule clairement : ces travailleurs veulent participer à l’avenir du clean air californien, mais ils ne peuvent pas en assumer seuls le coût.
Trois leviers concrets pourraient changer la donne pour ces professionnels :
- Accéder à des programmes de subvention ciblés, distincts des aides génériques actuelles
- Bénéficier de formations pratiques à l’utilisation des nouveaux équipements électriques
- Participer à l’élaboration des politiques qui les concernent directement
La question posée par l’AB 2635 reste entière : comment construire une transition écologique juste si ceux qui entretiennent nos espaces verts chaque jour n’ont pas les ressources pour s’y adapter ? Le débat legislatif californien est loin d’être clos.


